L'IA m'a dit
- Elisabeth Chasles

- 7 févr.
- 3 min de lecture
Dans intelligence artificielle il y a bien « artificiel ». Ce quelque chose né de l’habileté humaine mais manquant de naturel. Si je comprends bien, l’intelligence artificielle tente d’imiter la nature mais manque cruellement d’authenticité.
Ça va vite, c’est disponible 24H/24H et ça produit une réponse à toutes les questions que l’homme s’est déjà posées, puisque l’IA ramasse tout ce qui s’est dit sur un sujet pour créer une réponse qui semble intelligente, en tous cas probablement statistiquement juste.
Aujourd’hui de plus en plus de personnes consultent une IA pour faire leurs propres choix. Que faire des mauvais choix ? Il n’y aura bientôt plus de mauvais choix qui, in fine, amènent à une expérience inédite et positive à laquelle nous n’aurions pas pensé. Que dire d’un choix qui sera bon pour une personne et mauvais pour une autre ? Une personne humaine va chercher ses propres solutions, qui ne sont pas celles de son voisin. Un être humain s’adapte, parfois dans la douleur, souvent de manière créative et c’est aussi ce qui donne à la vie tout son relief. L’IA produit un résultat statistique mais pas créatif, est-elle douée d’empathie pour sentir si sa réponse est ajustée à vous ?
C’est remettre son libre arbitre dans les mains d’une machine et vraiment ça ne me fait pas rêver. Si l’IA nous enlève notre capacité à choisir c’est toute notre responsabilité qui est amenée à disparaître. Personnellement j’ai envie de garder la main, d’être responsable de mes choix, de ma vie, de tenir les rênes. Je pourrais me sentir rassurée parce que l’IA « sait mieux que moi » mais si je lui confie mes choix alors je vais perdre ma colonne vertébrale. Je vais ramollir ma capacité à agir en m’appuyant sur ma propre motivation. C’est exactement ce qui se produit lorsqu’une personne me donne un conseil. Si je suis son conseil il est probable que j’aurai une énergie de suiveuse justement, énergie qui n’est en rien comparable à celle que je peux déployer depuis mon propre centre de décision.
Je retrouve dans cet engouement autour de l’IA une attente à laquelle les psys sont souvent soumis : celle du magicien qui en 4 séances va éradiquer une souffrance ancrée depuis 40 ans. L’IA va tout résoudre. « J’aurais dû venir depuis longtemps, maintenant que je suis là merci de me débarrasser au plus vite de ce qui m’encombre depuis des décennies. » Mais la thérapie demande un effort, un travail sur soi justement. Il ne s’agit pas de déposer un objet à réparer, il faut participer soi-même à la réparation.
J’aime l’IA qui me fait gagner du temps sur des choses sans importance. Oui ou non ? Oui, c’est bien pratique que Netflix enregistre le type de série que je regarde et me propose des choses qui me plaisent. Mais non, je n’ai pas envie de regarder uniquement des programmes qui me plaisent, qui inévitablement vont finir par tous se ressembler. J’ai surtout envie qu’on me propose des programmes que je ne connais pas, ou que je n’aurais justement pas choisis. J’ai envie de tourner à gauche pour voir, même si le chemin est plus long, peut-être découvrir un autre paysage. Et je crains beaucoup que l’IA qui s’immisce dans notre quotidien à tous les niveaux nous rende paresseuses et paresseux et endorme notre esprit critique.
Bientôt on ne pourra plus s’en passer, sachons l’utiliser avec justesse, et n’oublions pas non plus les enjeux écologiques qui se profilent derrière cette nouvelle technologie séduisante mais terriblement consommatrice d’énergie.


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